Au Japon, le caractère 道 (dō) signifie « la voie », « le chemin ». Au XXe siècle, ce simple mot a profondément transformé les arts martiaux traditionnels : de techniques de survie, ils sont devenus des voies d’éducation du corps et de l’esprit.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la plupart des disciplines de combat s’appelaient jutsu (術) : des techniques conçues pour survivre sur un champ de bataille ou dans un contexte guerrier. Après la restauration de Meiji (1868), le Japon s’ouvre à la modernisation industrielle et institutionnelle. Les anciens systèmes de combat perdent leur utilité militaire et risquent de disparaître.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’idée de les faire évoluer en dō : non plus seulement des méthodes de combat, mais des voies de développement personnel, adaptées à l’école, au sport et à la vie civile.
Le premier et le plus influent de ces « dō » modernes est le judo, fondé en 1882 par Jigorō Kanō (1860-1938).
Kanō a repris les techniques de jūjutsu et les a réorganisées pour qu’elles puissent être pratiquées en toute sécurité, à l’école comme dans la vie quotidienne. Il a formulé deux principes qui restent au cœur de la discipline :
Le judo n’était plus seulement un art de combat. C’était devenu une méthode d’éducation du corps et de l’esprit — un modèle que d’autres disciplines allaient reprendre.
L’exemple de Kanō a rapidement inspiré d’autres disciplines. Dans les premières décennies du XXe siècle, on a vu apparaître ou se formaliser notamment :
Tous ces dō partagent une même philosophie : la technique n’est qu’un moyen. Le vrai but est de perfectionner son caractère, de cultiver le respect, la discipline et la maîtrise de soi.
Après la Seconde Guerre mondiale, les arts martiaux japonais traversent une période difficile. Associés au militarisme par les autorités d’occupation, certains ont été temporairement restreints ou interdits. Ils ressurgissent ensuite sous une forme nouvelle : plus éducative, plus sportive, et ouverte au monde entier.
Le judo devient olympique à Tokyo en 1964. Le karate-dō suit le même chemin de diffusion internationale (et d’intégration olympique bien plus tard, à Tokyo 2020). Aujourd’hui, des millions de pratiquants sur tous les continents suivent ces « voies » sans jamais avoir besoin de combattre réellement.
Ce qui reste le plus précieux de ce mouvement du XXe siècle, c’est l’idée que l’entraînement n’est pas une fin en soi. Que l’on pratique le judo, le karate-dō ou d’autres disciplines, le dō invite à :
C’est exactement cet esprit que l’on retrouve encore aujourd’hui dans les dojos modernes : un lieu où l’on apprend autant sur soi que sur les techniques.
Au Judo Club Templemars Vendeville
Nous continuons simplement à marcher sur cette voie, à travers le judo, le jiu-jitsu brésilien et le taiso — avec le même souci d’éducation, de respect et de progression partagée.